"Je sais que je passerai ma vie
à regarder vers Jésus"

Si nous nous hasardions à demander à Soeur Pierre-Marie pourquoi ce don total dans une vie de prière, d'adoration, dans une vie qui se veut tout entière réponse à l'appel des Béatitudes : "Heureux les pauvres, heureux les coeurs purs, heureux les artisans de paix" ... elle n'aurait probablement qu'une réponse :
"JESUS, je le connais de plus en plus, ou peut-êre de moins en moins. Mais ce dont je suis sûre, c'est que je suis de plus en plus passionnée de Jésus, et de l'ébranlement historique venu de Lui jusqu'à nous.

Je sais que je passerai ma vie à regarder vers Jésus".

Passer sa vie à regarder vers Jésus, non pas pour soi, pour son bonheur personnel, mais pour l'Eglise et pour le monde, avec la volonté d'assurer cet éminent service, ce ministère d'Eglise, d'être parmi les hommes, ces mains tendues dans la prière, ce coeur toujours ouvert pour accueillir Dieu.
La relation à Dieu d'une religieuse est celle des regards qui veillent et qui se cherchent passionnément, et qui, s'étant trouvés, se livrent dans le silence attentif d'une présence réciproque.
Notre Dieu est un Dieu qui veille, et non qui surveille. Car on surveille au nom de la loi, mais on veille au nom de la tendresse. Et toute prière est un regard qui veille sur une présence aimée. La prière de Jésus est à la fois regard vers Dieu et regard vers les hommes. Jésus a aimé les hommes, il a aimé les pauvres, ceux qui travaillent mais il les a aimés de ce même amour dont Dieu de toute éternité ne cessait d'aimer son Fils bien-aimé.
En se consacrant dans la vie religieuse, Soeur Pierre-Marie ne fuit pas le monde. Elle ne se sépare pas des hommes comme s'ils étaient perdus. Elle n'abandonne pas sa famille, ses compagnons d'études, elle n'abandonne pas le monde ouvrier ... Mais elle veut les servir, les aimer, à la façon qui désormais sera sa mission propre, en les portant à Dieu pour qu'à travers son regard, unis à elle dans sa prière d'intercession et de louange, ils rencontrent Dieu et découvrent insensiblement en Lui le sens profond de leur vie, de leur travail, de leur amour, de leur souffrance, de leur mort.
Dieu était dans son Fils se réconciliant le monde, rendant son vrai sens et à l'homme et au monde. Jésus était seul sur la croix, regardant et criant vers son Père, mais le monde entier tournait autour de la crox.

Une moniale est seule aux yeux du monde, mais à la mesure de son obéissance, de sa pauvreté, de sa chasteté qui la libèrent de tout égoïsme, de tout retour sur soi et ouvrent à l'amour même du Crucifié du Calvaire,, elle porte en elle pauvrement sans doute mais si réellement, le monde dont elle assure pour sa part la vraie vie, la libération en Jésus-Christ.... Alors une moniale est forte de toute la puissance de Dieu, aimante de toute la tendresse du Père, rendue présente de cette présence invisible mais combien efficace, sur tous les chantiers du monde, pour entraîner les hommes en avant et les aider à être comme nous le rappelait Saint Paul :

"de ceux qui espèrent dans le Christ pour que soit chantée la Gloire de Dieu"

Extraits de l'homélie de Monseigneur Guy-Marie RIOBE (Evêque d'Orléans)
à la profession solennelle de Soeur Pierre-Marie
le 8 décembre 1976