Histoire du Monastère



(Nef de l'église abbatiale)

Le monastère de Bouzy-la-Forêt appartient à la Congrégation des Bénédictines de Notre- Dame du Calvaire qui compte aujourd'hui quatre prieurés : trois en France et un à Jérusalem. Cette branche du grand arbre bénédictin a été fondée au XVII ème siècle par Madame Antoinette d'Orléans-Longueville, cousine germaine de Henri IV.

Née en 1572, la jeune princesse est habitée dès l'enfance par une soif intense de Dieu ; elle est cependant élevée à la cour de Catherine de Médicis et mariée au fils aîné du duc de Retz, Charles de Gondi en 1588. Devenue à vingt-six ans une veuve convoitée, elle ne songe qu'à fuir les honneurs de la cour et à répondre à l'appel de Dieu. Contre l'avis des siens, elle entre clandestinement chez les feuillantines de Toulouse et y mène une vie pauvre et cachée selon la primitive observance de la Règle de saint Benoît. Elle jouit là de six années de bonheur mais les prétentions conjuguées des Bourbons et des Gondi obtiennent du pape Paul V un bref qui la nomme coadjutrice de l'abbesse de Fontevraud en 1605. Connaissant son prestige et sa piété remarquables, le pape lui demande de rétablir dans toute sa vigueur la vie conventuelle. Madame d'Orléans est contrainte d'accepter, mais la célèbre abbaye royale n'est pas prête à se plier aux exigences de la Règle .



entrée de Madame d'Orléans
aux Feuillantines

Fontevraud
Cloître Saint Benoît

Fontevraud
les cuisines

Fontevraud
salle capitulaire
Après la mort de l'abbesse Eléonore de Bourbon, Madame d'Orléans refuse de prendre la succession et se retire au prieuré de Lencloître,dépendant de l'abbaye, où les religieuses sont favorables à la réforme. Sous l'impulsion de cette femme résolue et avec l'aide du père Joseph, capucin, la communauté de Lencloître s'accroît rapidement



Lencloître
(l'église du prieuré Notre-Dame - 12ème siècle)
A Fontevraud, la nouvelle abbesse, Madame de Lavedan, se réjouit d'abord de ce succès mais craint finalement qu'il ne porte préjudice à son abbaye. Elle entrave l'action de Madame d'Orléans qui, pour sauver la réforme, se résout à faire construire un monastère indépendant de l'ordre de Fontevraud. Avec l'accord du pape et du roi, elle quitte Lencloître le 25 octobre 1617 et vient s'installer à Poitiers avec vingt-quatre moniales décidées à mener avec elle une vie bénédictine, simple et authentique. La communauté commence alors une vie extrêmement rude ; le froid et l'humidité d'un monastère encore en travaux ont rapidement raison des santés de plusieurs religieuses. Madame d'Orléans n'est pas épargnée et le 25 avril 1618, elle meurt, épuisée par la maladie, alors que la nouvelle congrégation n'a que six mois d'existence. Malgré les pressions de Fontevraud qui veut reprendre sous sa juridiction la toute jeune communauté, les fondatrices obtiennent de Rome des constitutions qui reconnaissent officiellement la Congrégation des Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire. Celle-ci, grâce au soutien actif du père Joseph, connaît un bel essor en cette première moitié du XVII ème siècle. Seize maisons sont fondées entre 1619 et 1638, principalement dans l'Ouest de la France, où Madame d'Orléans avait de la famille et des alliés influents. Marie de Médicis, la reine mère, fait ouvrir un monastère au Luxembourg à Paris en 1622. Un autre naîtra en 1634 dans le quartier du Marais, d'où partiront dix moniales choisies par le père Joseph pour fonder le monastère d'Orléans en 1638.



Le Petit Luxembourg
Vestiges du couvent
des Filles du Calvaire

Au XVIII ème siècle, le jansénisme frappe durement la congrégation qui doit fermer plusieurs prieurés. Puis la Révolution de 1789 contraint les moniales à s'exiler ou à se disperser, comme tous les autres religieux. Sous la Terreur, une moniale de la congrégation, Mère Rosalie Céleste de la Sorinière est guillotinée à Angers le 27 janvier 1794 pour sa fidélité au Christ et à l'Eglise. Elle est béatifiée en 1984 par Jean-Paul II avec quatre-vingt-dix-neuf autres martyrs d'Angers.



Château de la Sorinière

Le monastère d'Orléans, situé près de la Porte Madeleine est plutôt moins éprouvé que les autres par la Révolution. Les religieuses doivent quitter le bâtiment en 1792 mais elles continuent de mener une vie monastique par petits groupes, sans trop se disperser. Dès 1800, elles reprennent une vie commune dans une maison, située derrière la cathédrale où elles installent une chapelle et ouvrent une école. En 1813, Mère Suzanne de Musillac, la prieure, se rend auprès du pape Pie VII, alors retenu prisonnier à Fontainebleau par Napoléon, et elle obtient de reprendre une vie monastique plus retirée du monde avec un office choral intégral. Le monastère devient alors le siège de la congrégation et la supérieure générale réside à Orléans. L'une d'entre elles, Mère Saint Jean de la Croix prend une part active à la fondation d'un monastère en Terre Sainte en 1897, au Mont des Oliviers, réalisant ainsi un désir vieux de près de trois siècles puisque les fondatrices et le père Joseph en rêvaient déjà. Plusieurs sœurs partiront régulièrement jusqu'à aujourd'hui renforcer la communauté de Jérusalem.


Monastère du Mont des Oliviers

Vue du Mont des Oliviers
Après la seconde guerre mondiale les bâtiments du monastère sont délabrés et l'on songe à quitter le centre ville. Alors que la vie monastique renaît à Fleury, tous les regards se portent vers Saint Benoît sur Loire... Mais l'heure n'est pas encore venue. En 1956, la communauté d'Orléans s'installe à Saint Jean de Braye dans un manoir du XVIII ème siècle, le Petit Cormier. La communauté de Vendôme la rejoint en 1960. Des travaux d'agrandissement sont alors entrepris et le 29 mai 1965 l'église est consacrée par monseigneur Riobé. Les liens fraternels avec l'abbaye de Fleury se tissent plus nombreux au fil des années. La communauté développe la fabrication de l'Eau d'Emeraude, déjà bien connue des orléanais et accueille plus largement hôtes et groupes qui désirent faire une halte spirituelle au monastère.

église du monastère
à Saint Jean de Braye

 

Malheureusement, l'urbanisation croissante de la banlieue d'Orléans gagne Saint Jean de Braye et les bâtiments de l'hôtellerie et de la distillerie doivent être mis aux normes. Le moment ne serait-il pas venu de réaliser le projet des années cinquante et de se rapprocher de l'abbaye de Fleury ? Après un temps de concertation avec les autres monastères de la congrégation, la communauté décide en 1993 de se transférer à Bouzy-la-Forêt, à l'orée de la forêt d'Orléans, à dix kilomètres de Saint Benoît sur Loire. Le nouveau monastère est achevé en 1999, il est bâti selon un plan relativement simple, aéré, avec deux cloîtres entourant une église claire et sobre, trait d'union entre l'hôtellerie et les lieux conventuels. Le 3 octobre une assemblée nombreuse est réunie autour de la communauté et de Monseigneur Daucourt pour la dédicace de l'église.


En septembre 2001 la suite des réflexions en congrégation conduit le chapitre général à voter la fermeture du monastère de Kerbénéat en Bretagne pour donner une nouvelle vie aux maisons de France et à celle de Jérusalem. C'est ainsi qu'en juillet 2002 quatre sœurs de Kerbénéat rejoignent la communauté de Bouzy qui compte aujourd'hui vingt-trois moniales. Celles-ci, malgré les vicissitudes de l'histoire et les nombreux déménagements, poursuivent l'aventure spirituelle inaugurée au XVII ème siècle par leur fondatrice. Au cœur du monde actuel, elles sont habitées du même désir de suivre le Christ selon la Règle de saint Benoît et le souffle donné par Madame d'Orléans.